Guy Chaty (1934-2020), in memoriam

Guy Chaty                  

Nous avons l’immense peine de vous annoncer le décès de Guy Chaty, qui nous a quitté ce 7 avril, emporté par la covid-19.

Guy a embrassé de nombreuses carrières avec comme fil conducteur l’envie de partager, de transmettre, de faire avancer la recherche. Après avoir été instituteur puis professeur de lycée pendant plusieurs années, Guy a repris des études supérieures et s’est épanoui dans la recherche. Il a soutenu une thèse de 3e cycle en 1966 puis une thèse d’État en mathématiques en 1971: ses travaux portent sur la théorie des graphes, dont le développement en tant que domaine scientifique avait été initié quelques années plus tôt par Claude Berge.

En parallèle de ses activités de recherche (dans l'équipe « Graphes et optimisation combinatoire » qu'il fonde avec Michel Chein à Paris VI), Guy obtient un poste de maître de conférences à l’université Paris XIII en 1972. Il y est nommé professeur sans chaire en 1978 puis professeur des universités en 1979. Il participe ensuite à la création du Laboratoire d’Informatique Paris Nord (LIPN), au sein duquel il effectua sa recherche jusqu'à son départ à la retraite en 1997.

Guy Chaty est une personne emblématique de notre université : il a contribué à son émergence en étant notamment le chef du département informatique de l’IUT de Villetaneuse de 1976 à 1982, puis le vice-président de l’université, en charge des relations avec l’environnement régional, de 1982 à 1887. Il achève sa carrière dans notre université en tant que professeur émérite en informatique jusqu'en 2004, et a continué de fréquenter le LIPN comme ami bien des années après.

À côté de son activité scientifique et pédagogique, il a écrit de nombreux poèmes, nouvelles, récits, pièces de théâtre, essais, chroniques, notes de lecture, chansons. Depuis 1977, il est publié dans une cinquantaine de revues, de recueils, de colloques littéraires. Plusieurs présentations publiques et dossiers en revues lui ont été consacrés. Il a obtenu le Prix Jean Cocteau de Poésie en 2011 et le Prix des lecteurs "Lire et faire lire" au Printemps des Poètes 2014. Il a mis en scène et joué des montages de textes, poèmes et chansons, de lui-même et d’autres auteurs, lors de nombreux spectacles ou lectures publiques. Il a initié des débutants au « dire » des textes courts. Il a été membre de plusieurs sociétés littéraires ou artistiques, du comité de rédaction de la revue Poésie Première et des comités de lecture des revues Poésie sur Seine et Interventions à haute voix.

C’est avec beaucoup de tristesse et de compassion que nous présentons toutes nos sincères condoléances à sa famille, ses proches et toutes les personnes qui ont travaillé à ses côtés afin de leur témoigner tout notre soutien.

Un hommage, organisé par sa famille, sera rendu à Guy ce vendredi 3 juillet à 15h30, dans l'une des salles du Columbarium du Père Lachaise (Métro Gambetta - Bus 26, 60, 61, 64, 69 et un peu plus loin 96 - entrée par la rue des Rondeaux, face à l'avenue du Père Lachaise). La cérémonie devrait durer 30 minutes et permettra la lecture de textes. Tous les amis et collègues de Guy sont les bienvenus. Ceux qui ne peuvent venir pourront partager ce moment de chez eux, en lisant ou écoutant à cette occasion des textes de Guy.
Par ailleurs, une soirée en mémoire de Guy sera également organisée lors du Marché de la Poésie (qui aura lieu du 21 au 25 octobre, place Saint-Sulpice à Paris).

[ Les illustrations et les liens en regard des témoignages ci-dessous ont été rajoutés a posteriori par le webmaster. Si vous souhaitez ajouter ou compléter un témoignage, n'hésitez pas à nous contacter à cb@lipn.fr.
N'hésitez pas non plus à inviter d'autres amis de Guy à laisser leur propre témoignage. ]

Témoignage de Gérard Plateau (ancien directeur du LIPN) :

Très ému d’apprendre cette bien triste nouvelle, je m’associe bien sûr à tous les éloges qui lui ont été adressés. Je n’oublierai jamais l’accueil de Guy à la naissance du LIPN, son sourire et sa bienveillance. Guy était un poète plein d’humour et de tendresse à l’image d’un de ses textes:

« La nuit a tiré le rideau
sur le ciel
et la terre entière
est tombée dans le noir.
Alors pourquoi mes rêves
étaient-ils en couleurs ? »

Témoignage de Jacqueline Vauzeilles (ancienne directrice du LIPN) :

C’est avec une grande émotion que j’apprends le décès de Guy. Mon arrivée à l’IUT en 1989 n’avait pas fait l’unanimité parmi les enseignants de cet institut (peut-être parce qu'il n'y avait à l'époque que 3 professeurs d'informatique à l'IUT, et que mon arrivée en tant que quatrième professeur d'informatique, alors que je n'avais une formation et des diplômes qu'en mathématiques, en logique, n'était pas vue comme optimale par certains). L’accueil particulièrement chaleureux de Guy avait donc été d’un grand réconfort pour moi. Ses qualités humaines avaient fait de Guy un excellent président de la commission de spécialistes de notre laboratoire (de 1991 à 1997) : Guy faisait figure de « sage », son équité et sa probité étaient pour nous tous un gage de la qualité des recrutements. J’ai, par ailleurs, vite découvert ses talents de poète : nous discutions souvent ensemble de l’Alamo dont il était un membre actif avec Jacques Roubaud un des mes anciens collègues à l’Université de Nanterre. Avec Gérard Plateau et Brigitte Guéveneux, nous étions allés le voir, un soir, dans une de ses pièces et j’en garde un excellent souvenir. En 2012, bien des années après son propre départ en retraite en 1997, il m’avait également fait la surprise de venir avec sa femme le jour de mon départ à la retraite !

Témoignage de Christophe Fouqueré (ancien directeur du LIPN) :

Guy était vraiment exceptionnel. Ses écrits poétiques montrent à quel point il avait le sens des mots, le sens de la vie.

Via une promenade dans Paris, Guy récite de courts poèmes sur les statues rencontrées.
(Extrait du DVD "Guy Chaty fait son cinéma" réalisé par Philippe Masson)

Témoignage de Brigitte Guéveneux (secrétaire du LIPN) :

Guy était une personne d'exception, pétillant de vie, toujours souriant, plein d'humour, malicieux, curieux de tout, libre penseur, poète, écrivain, comédien/théâtreux, et artiste dans bien d'autres domaines. J'ai deux de ses livres à la maison, je vais les feuilleter. Et un très beau souvenir d'être allée le voir dans une de ses pièces avec Gérard et Jacqueline. Quelle belle soirée passée ensemble !
Qu'il soit en paix et toujours aussi "heureux" là où il est !

Témoignage de Maxime Crochemore (cofondateur du LIPN) :

Guy était une personne charmante et très sympathique. Je l'ai connu en 1985 lorsque je suis arrivé à l'université Paris-Nord. Je me souviens qu'il m'a accueilli très chaleureusement à l'université et qu'il a participé avec enthousiasme au démarrage de notre groupe de recherche en algorithmique, son activité de recherche préférée. Je l'ai ainsi côtoyé pendant quelques années au sein du laboratoire d'informatique, que nous avons créé avec Daniel Kayser et Gérard Plateau en mai 1986. Guy a participé à cette création en donnant des conseils avisés sur l'organisation initiale du laboratoire. Je garde le souvenir d'un collègue solide, fiable et bienveillant.

Témoignage de Brigitte Biébow (collègue de Guy) :

Je garderai de Guy le souvenir d’un homme affable et souriant, toujours attentionné, avec un grain de fantaisie. Je l’ai surtout côtoyé au cours des projets du DESS GIGA (master 2 pro, Génie Informatique de l’Institut Galilée) pour lesquels je cherchais toujours désespérément des « clients ». Chaque année, fidèle au poste, il proposait un sujet (ou deux, les années maigres) autour de l’OuLiPo. Tous nos étudiants de DESS de ces années-là ont été formés aux joies et mystères de l'ouvroir de la littérature potentielle, ce qui doit être un record de vulgarisation oulipienne. J’espère qu’en plus d’avoir appris à programmer des contraintes et réaliser des interfaces pour générer de la poésie automatique, ils auront découvert aussi Queneau, Perec, Italo Calvino... et pourquoi pas Guy Chaty.
En cherchant encore plus loin, je me souviens qu’il m’avait poussée à écrire un article sur une « comparaison entre les graphes conceptuels et KL-ONE », dont je ne voyais pas bien l’utilité, mais qui mine de rien nous valut une publication internationale. Et j’avais complètement oublié avoir participé avec lui au groupe du PRC-GRD-IA sur la formalisation des graphes conceptuels, dans les années 90. Puis après sa retraite, ce fut l’époque où il fréquentait le LIPN en dilettante, pour nous apporter son soutien et ses compétences tant politiques que scientifiques.
Je n’ai pas su apprécier à l’époque sa générosité intellectuelle, prise comme je l’étais dans le tourbillon jeune chercheuse-jeune enseignante-jeune mère. Il ne saura pas que je l’en remercie.



Dès la création du Laboratoire d'Informatique de Paris Nord, Guy apparaît comme transversal aux différentes thématiques : le premier rapport d'activité du LIPN le mentionne comme à cheval entre algorithmique et optimisation combinatoire, et il a par la suite aussi travaillé avec l'équipe d'intelligence artificielle !

Témoignage de Silvia Goodenough (collègue de Guy) :

Mes souvenirs de Guy fusent comme un bouquet d'étincelles, des étincelles qui durent, des étincelles qui gravent. J'ai travaillé avec Guy à l'IUT de l'université Paris 13. Je me souviens de son enseignement en algorithmique, construit pour assurer un niveau de rigueur dans les réflexions et la structuration mentale des étudiants. Il a d'ailleurs toujours défendu un certain niveau de mathématiques à l'IUT, dans le souci d'assurer, autant que possible, une certaine capacité à l'abstraction et de mise à distance réflexive.
Guy avait une certaine capacité d'anticipation politique. Bien avant que le gouvernement ne commence à parler officiellement de l'autonomie des universités, j'ai croisé Guy qui m'a dit : « Tu sais, il y a des projets et idées qui circulent sur le devenir des universités ; c'est très inquiétant ! » Nous avions des pressentiments sur l'attaque et la captation du savoir par d'autres sphères et, en particulier, par la sphère économique dans un sens utilitariste très restreint. De nouveaux problèmes politiques et philosophiques pointaient à l'horizon...
Je me souviens aussi de Guy parlant du caractère farceur des mathématiques [voir la citation ci-contre]. Il m'avait aussi parlé des « émotions mathématiques ».
J'ai retrouvé Guy au club de poésie Aliénor où j'allais parfois. Très souvent, il faisait parti des récitants. Sa voix pouvait porter des textes très différents ! Enfin, par son humanité joyeuse, il avait un grand souci de la justice, toujours accompagnée de « justesse » comme on dit en musique. Mais, pour lui, la justesse était sans doute en premier lieu celle de la poésie, toujours avec beaucoup d'humour sans oublier, quand il le faut, le sens de la gravité.







« Les mathématiques sont parfois farceuses :
on pense qu'il va se passer cela et vlan c'est autre chose qui arrive ! »
Guy Chaty.

Témoignage de Marc Champesme (collègue de Guy) :

Très attristé par cette nouvelle !
Guy était plein d'humanité et d'humour, et, l'ayant eu comme enseignant d'algorithmique à l'IUT, je peux témoigner que c'était aussi un grand pédagogue.

Témoignage de Henri Soldano (collègue de Guy) :

Une pensée pour Guy, poète du labo et de l'IUT. Saleté de virus ! et grosse colère contre nos gouvernants (passés et présents) pour leur politique démente de restrictions budgétaires à l'hôpital.

Témoignage de Pascal Coupey (directeur de l'IUT de Villetaneuse de 2010 à 2015) :

Je n'ai pas été suffisamment proche Guy pour avoir la prétention de bien le connaitre, néanmoins il m'est toujours apparu comme un homme libre, passionné et un amoureux de la vie.

Témoignage de Catherine Récanatti (collègue de Guy) :

Une bien triste nouvelle. Je l'ai croisé le dimanche 12 janvier à Beaubourg avec sa femme, où j'étais allée avec ma fille voir l'exposition de Christian Boltanski. C'était une rétrospective des œuvres de cet artiste dont le thème principal est un questionnement sur la mort et les maigres traces que la vie d'un homme laisse. Il était identique à lui-même, pas vieilli du tout. Par contre il a mis un temps à me reconnaître, ensuite la mémoire lui est revenue et nous avons discuté gentiment de la mort et de l'expo (qu'il a je pense plus apprécié que moi). En tous cas, il était en pleine forme et toujours souriant !
Je me rappelle que Guy avait apprécié la vidéo que j'ai numérisée et montée pour honorer Daniel Kayser avant qu'il nous quitte lui aussi (ceci avait pu être fait grâce à Laure après une discussion à la cafétéria qui donna l'idée de fêter les trente ans du labo).
Guy est le sixième des disparus du laboratoire, anciens ou morts prématurément - et ils sont tous par hasard sur cette vidéo.
Ceux qui comme moi sont nostalgiques de cette époque peuvent encore voir ce petit film en ligne.
Portez vous bien, et pensez à voir et à remercier les invisibles qui nous entourent et permettent à notre université de fonctionner tant bien que mal.

Témoignage de Younès Bennani (collègue de Guy) :

Guy Chaty était un être exceptionnel. Il fait partie de ceux qui ont participé à l'émergence de notre université. Il m'avait impressionné par sa culture et son amour des mots. Il était un mathématicien-informaticien mais aussi un homme de lettres. C'était notre poète. Aujourd'hui, les mots me manquent, alors je lui rends hommage par un poème de Simone Veil. Il va aimer...

« Il restera de toi...
Il restera de toi ce que tu as donné.
Au lieu de le garder dans des coffres rouillés.

Il restera de toi de ton jardin secret,
Une fleur oubliée qui ne s'est pas fanée.
Ce que tu as donné, en d'autres fleurira.
Celui qui perd sa vie, un jour la trouvera. »

Témoignage de Sylvie Szulman (collègue de Guy) :

J'ai connu Guy Chaty lorsqu'il est arrivé à l'IUT de Villetaneuse en temps que professeur d'informatique. Il a beaucoup œuvré pour le département, puis pour l'IUT et l'Université Paris-Nord mais aussi pour créer un laboratoire dans lequel les informaticiens de l'Université puissent faire de la recherche. Personnellement, il m'a aidée pour que je puisse soutenir une thèse et ainsi poursuivre mes activités avec un poste de Maître de Conférences. C'était un homme très soucieux des étudiants, du personnel et du service public.

Témoignage de François Parreau (collègue de Guy) :

Je croisais de temps en temps Guy à l'université de Paris 13 (j'étais au labo de maths et lui au labo d'info). Le hasard nous a aussi fait nous retrouver une fois en vacances au même endroit, à l'Espace du Possible ! Je garde le souvenir de quelqu'un de très simple et de très chaleureux.

Témoignage de Adeline Nazarenko (collègue de Guy) :

C'est une triste nouvelle pour tous ceux qui l'ont connu mais il reste encore au LIPN un zeste de son sourire, de sa moustache et de sa grande dégaine, le souvenir de son humour et comme un air de poésie...

Témoignage de Serge Zetlaoui (collègue de Guy) :

Quelle grande tristesse ! Guy nous a quittés. Sa grande simplicité, son humour, la finesse de sa poésie, sa gentillesse... Autant de qualités qui m'avaient marqué, que j'appréciais beaucoup. Régulièrement, nous déjeunions ensemble au Café de l'Industrie, à la Bastille, avec les « anciens » du Snesup de Paris 13. Guy n'avait rien perdu de sa force d'indignation face aux injustices de ce monde. Il avait conscience que ce système nous conduisait à la catastrophe. Il en est l'une des nombreuses victimes. Toutes mes pensées à sa famille et à Jeanne.

Témoignage de Christophe Tollu (collègue de Guy) :

J'appréciais Guy, sa bienveillance, son tact, sa culture pétillante, ses jugements sans concession mais exprimés avec mesure (toujours), humour (souvent), goguenardise (parfois), et aussi, sans que ceci contredise cela, sa gravité.

Témoignage de Françoise Gayral (collègue de Guy) :

Guy était aussi un universitaire engagé qui, membre du Snesup depuis toujours, défendait les valeurs d'une université publique ouverte à toutes et tous, qui soutient ses personnels et met tout en œuvre pour la réussite des étudiant.es. À l'époque où j'arrivais juste à la fac, il m'avait convaincue de faire partie des listes présentées par le Snesup aux différents conseils. Il m'a permis d'être élue au conseil scientifique et de vivre l'anecdote suivante : le président du CS de l'époque, M. Eiseman, m'avait demandé de faire partie du bureau du CS en avançant les arguments suivants : " Vous êtes jeune, femme ; si vous aviez été noire, cela aurait été encore mieux ! ". Quand j'avais raconté ça à Guy, on avait partagé un fou rire formidable !

Témoignage de Christine Birnbaum (collègue de Guy) :

Jadis enseignante à l'IUT de Villetaneuse, j'ai eu la chance d'être la collègue de Guy. Il fut pour moi un ami apprécié et admiré. Il incarnait à mes yeux une sorte d'homme de la Renaissance,adorant la vie, curieux de tout, s'intéressant à tout. Il aimait les gens, les idées, les paysages. Nous étions nombreux à lui savoir gré de sa délicatesse, de son attention à chacun de nous, de la manière dont il savait redonner confiance aux collègues lorsqu'ils rencontraient des difficultés.
Il ne supportait pas l'injustice. C'est sans doute pourquoi il prévoyait d'emblée comment tel ou tel projet gouvernemental pouvait nuire aux intérets des étudiants ou des enseignants. Guy était un militant syndical perspicace dont les analyses nous étaient précieuses, et sur lequel nous savions pouvoir toujours compter.
Doté d'une très vaste culture Guy était un mathématicien épris de littérature. Poète lui -même et comédien aussi, il cherchait avec passion comment on pouvait, grâce aux mathématiques, contribuer à la beauté et à la cohérence d'un texte, d'un poème. Nous savions qu'il aimait également la nature avec ferveur, qu'il était bon marcheur et faisait de longues balades en montagne.
Je me rappelle de la fois où il était venu avec ses étudiants pour participer à un séjour en classe de neige dans une station de ski du Jura. Voilà qu'en descendant du car, il glisse sur une plaque de glace et se casse une jambe. Nous avons tous été bluffés par le courage et l'humour avec lesquels il a pris son accident. Il n'a cessé de plaisanter sur le côté cocasse de sa mésaventure, arrivant à nous en faire rire, nous aussi.
Nous garderons de lui le souvenir d'un homme charmant, cultivé,généreux, et d'une parfaite élégance d'esprit.

Témoignage de Florence Giust-Desprairies (amie et collègue de Guy) :

J'ai connu Guy à l'IUT au milieu des années 70, au moment où lui-même y était professeur d’informatique. Pour éclairer certains aspects remarquables de la personnalité de Guy, je me permets un paragraphe un peu long pour mieux situer le contexte de ces années-là. En 1971, est promulguée la loi sur la formation obligeant les entreprises à consacrer 1% de la masse salariale à la formation continue. Les universités sont sollicitées dans les années qui suivent pour monter des formations en directions de publics différents. L'ANPE propose notamment à l'IUT de Villetaneuse de rémunérer des demandeurs d'emploi (à 110 /% de leur salaire antérieur: on croit rêver aujourd'hui !) et de payer leur formation. Quelques jeunes doctorants, accompagnés d'un maître de conférence, créent alors une équipe de formation continue, tout en souhaitant à cette occasion ouvrir l'université à des publics traditionnellement exclus des études supérieures et en mettant en place des pédagogies dites de la réussite. La vigueur de l'engagement de cette équipe, qui travaille via des vacations, lui permettra de développer en quelques années plusieurs diplômes de formation continue (DUT en Gestion du Personnel, en études juridiques, en informatique...). Elle négociera au Ministère des conditions spécifiques de formation prenant en compte les acquis pour un diplôme identique à celui de la formation initiale. Ce développement qui fait rapidement de la formation continue un "état dans l'état" (de la formation initiale) fera l'objet d'attaques réitérées par des enseignants titulaires qui ne supportent pas ces nouveaux publics, ni ces nouvelles pédagogies remettant en cause leur conception et leurs pratiques élitiste. Guy Chaty est à cette époque un des seuls à avoir le statut de professeur d'université. Mais son soutien ne sera pas de nature hiérarchique, il sera sur le fond et sur l'engagement politique. C'est en homme de gauche, sensible aux inégalités, qu'il soutiendra les initiatives et se fera régulateur des injustices et des abus de pouvoir de ceux qui viennent entraver le tout nouveau projet de formation continue.
La formation continue est aujourd'hui complètement intégrée dans les université mais elle fut à son origine l'objet de luttes importante que nous avons menées. Guy n'était pas en première ligne puisqu'il avait des responsabilités en formation initiale mais il était ouvert, soutenant, et comprenait les enjeux de société.
Par ailleurs, Guy était une belle et bonne personne, dotée de talents multiples, d’une grande vitalité et d’une profonde générosité. Modeste, il avait toujours, dans la rencontre, cette humeur rieuse qui chassait le tragique. Après avoir été collègues, nos rencontres se sont faites ensuite autour de la poésie. Nous partagions cette émotion, pour moi plus clandestine, et il a toujours accueilli mes recueils avec la volonté de les voir publier ; jusqu’au dernier, « Migration verticale », dont il a fait, dès sa réception, une recension que je ne lui demandais pas, toujours prompt à donner une place à la création de l’autre car il ne concevait pas la poésie en chambre mais dans une socialisation festive. Pour lui, plus on était nombreux à écrire, chanter, déclamer, plus on était de poètes, de dramaturges, d’interprètes, plus la vie méritait d’être vécue !


Guy acteur (avec Rodica Draghincescu et Bonnie Tchien Hy, lecture de textes surréalistes, Halle Saint Pierre, en 2017).






Guy lecteur.

Un peu d'agit-prop poétique !


Témoignage de Franck Butelle (jeune collègue de Guy) :

J'ai été recruté peu avant le départ à la retraite de Guy et j'ai ainsi partagé son bureau à l'IUT ! Il était humble, accessible, pas mandarin pour un sou, drôle. Une chose dont je me souviens, il savait parfaitement gérer une réunion ! Cela n'a l'air de rien, mais il disait qu'il était nécessaire que les gens parlent en direct, en face à face, pas de mail, pas de téléphone. Il faut les laisser parler, les écouter respectueusement, que les choses s'écoulent, prendre ce temps nécessaire, et puis reprendre, résumer les positions, montrer que l'on a écouté et avancer. Il savait très bien faire cela parce qu'il avait une vraie capacité d'écoute, une vraie capacité à se mettre à la place des autres. Je suis heureux que tant de personnes pensent à lui maintenant.

Témoignage de Cyril Banderier (jeune collègue de Guy) :

De Guy, que retenir ? Le théoricien des graphes ou le malicieux inventeur du libidon ? Un œil pétillant, un béret madré, une moustache chafouine ? Son humour bienveillant, son appétit de jouer avec les mots, de provoquer chez son interlocuteur ce plaisir du "ah ah, j'ai pigé, je suis ton complice" qui peut être commun à un bel exposé mathématique et à un bon texte littéraire ? Le plaisir de créer, de partager : des maths, des programmes, des textes, des spectacles ? Un enfant de l'ascenseur social républicain, son sens de l'implication pour améliorer, à sa façon, le monde dans lequel nous vivons ?
J'étais encore doctorant à l'INRIA quand j'ai connu Guy qui, lui, venait tout juste d'être nommé professeur émérite à l'université de Paris Nord, où je passais justement deux fois par semaine pour y donner des cours (on appelait cela "allocataire-moniteur" à l'époque !). Au détour de conversations en salle café, nous avions échangé sur la théorie des graphes, l'intelligence artificielle, sur la création de textes littéraires via l'ordinateur, etc. Il se trouve que j'assistais alors aux jeudis de l'Oulipo (qui étaient alors le jeudi à 20h à l'amphi 24 Jussieu, avant que cela ne prenne de l'ampleur et ne migre à la BNF) ; je lui mentionne dans la foulée l'association Alamo, prolongement informatique de l'Oulipo, ignorant qu'il en était le président ! Amusement mutuel !
J'avais aussi eu le plaisir de recroiser Guy en dehors de l'université lors d'activités de vulgarisation scientifique et d'évènements organisés par des associations littéraires. De ses textes, il émane un style qui n'est pas étranger à un cerveau scientifique : descriptions analytiques, méthodiques, avec en même temps un certain sens du fantastique, sa poésie aime souvent à jouer avec les oxymores et des situations paradoxalement farfelues et logiques à la fois, où l'on peut trouver des échos du réalisme poétique, du fantastique malicieux, voire de l'irrévérence qu'il y avait parfois chez Boris Vian, Jacques Prévert, Marcel Aymé... et ce n'est sans doute pas une simple coïncidence si Vian et Aymé ont, eux aussi, suivi des études mathématiques !
De façon plus anecdotique, en consultant la page personnelle où Guy liste ses principaux résultats scientifiques, j'ai été amusé de voir qu'il clôt cette page en mentionnant un petit article que j'avais fait sur l'énumération de noyaux de graphes dirigés, des objets qu'il avait justement étudiés dans un article avec Jayme Szwarcfiter. Voici bien là un petit clin d'œil du destin, une facétieuse épanadiplose qui aurait fort plu à Guy !



Le saviez-vous ?
Le 15 septembre 1987, Pierre Jaisson, président de l'Université Paris 13 convoque les électeurs de la communauté universitaire pour élire son successeur. Le scrutin est fixé pour le mois suivant, le 15 octobre 1987. Trois candidats sont en lice, et face à Noël Leblanc et Guy Chaty, c'est finalement le biochimiste Pierre Cornillot qui est élu comme 5e président de l'Université Paris 13… au 16e tour de scrutin, le 8 décembre 1987 !



Ne vous laissez pas rebuter par cet arrêt sur image aléatoire de YouTube, ce petit film réalisé par Phillippe Masson est un formidable exemple de vulgarisation des découvertes scientifiques les plus récentes, où l'on apprend que Guy est le génial débusqueur d'une nouvelle particule fondamentale !

Témoignage de Olivier Cogis (collègue et ami de Guy) :

Ma rencontre avec Guy Chaty, au début des années 70, fut universitaire, au sein d'une équipe de recherche de théorie des graphes (CNRS/Paris 6) qu'il co-dirigeait.
Notre chance : l'informatique commençait à s'établir comme discipline à l'université (elle mettra un bon demi-siècle à en faire autant dans le primaire et le secondaire). La construction était à l'ordre du jour, et les « nouveaux » étaient attendus par les « pionniers » souvent avec impatience et leur accueil était plutôt chaleureux, le respect de l'apport scientifique et pédagogique prévalant sur le rapport hiérarchique. Osons : les rapports parmi les chercheurs et enseignants-chercheurs avaient un petit goût de « ces hommes qui ont bâti le Canada », révérence gardée. C'est le précieux souvenir que je garde de cette époque, et je ne pense pas avoir été, là, plus chanceux que la moyenne.
Ma chance : avoir rencontré Guy. Ceux qui l'ont connu savent les qualités d'enseignant-chercheur qui furent les siennes, et se rappellent l'abord ouvert de l'homme qu'il était. Le contact fut immédiat. Si nous n'avons pas eu l'occasion de publier ensemble, j'ai eu celle de travailler sur certains de ses résultats, et il a volontiers accepté d'être examinateur de mes deux thèses (à l'époque...). Je n'ai pas d'anecdote proprement dite sur cette époque universitaire. J'en ai à titre privé : Guy est devenu un ami. Un ami cher, que je tiens à honorer avec émotion, en rendant hommage à l'étendu de ses talents dont nous sommes nombreux à avoir pu profiter, de diverses et multiples façons, et pour l'avoir suivi à maintes reprises dans ses manifestations extérieures. Salut camarade !

Témoignage de Jayme Szwarcfiter (collègue brésilien de Guy) :

Guy was a very nice person, with abilities in many distinct areas, scientific, artistic and literary. Above all, I would stress the quality of Guy Chaty as a human being, very kind, nice, a real friend. I have met Guy, first when he came to visit Rio de Janeiro, Brazil, and then when I visited Paris XIII. This was about 30 years ago. I am sorry for Jeanne, I remember the very nice dinners she prepared for me when I was in Paris. I also remember that when he came to Rio de Janeiro, he brought with him serious equipments (powerful lunets, etc) for watching / appreciating and studying the stars. I went with him to some mountains, far from any city, where he could appreciate the stars. He was particularly excited, as he told that was the first time he had the opportunity to watch the sky and stars of the southern hemisphere. Even if I did not have much contact with him in the last few years, I will always remember and miss Guy !!

Témoignage de Nelson Maculan (collègue brésilien de Guy) :

Pendant mes nombreuses visites au LIPN, j'ai eu l'occasion de bien connaître Guy et de l'apprécier énormément. Guy a toujours été un grand érudit. Quelle tristesse ce matin quand Gérard Plateau m'a appris la nouvelle.

Témoignage d'Alain Cazes (collègue et ami de Guy) :

Mon cher Guy, en souvenir de si beaux moments à Montréal en buvant tard le soir du mauvais alcool flambé dans de mauvais bars. Et puis on n'a toujours pas le réponse à la question que tu as posée dans le colloque parisien que tu as organisé : "Que ne peut l'informatique ?" Je t'embrasse très fort.

Témoignage de Pierre Berdot (ami de Guy) :

Guy et moi, nous nous sommes rencontrés sur les bancs de l'Université en 1957. Nous avons bénéficié de la création des Instituts de Préparations aux Enseignements du Second degré (I.P.E.S.). Ces instituts permettaient durant 3 ans d'obtenir la licence d'enseignement, puis, après passage du concours du Capes ou du Capet, d'intégrer un Centre Pédagogique Régional (C.P.R. ) où, après des stages en lycée, d'être nommé « professeur certifié ». Dans ces I.P.E.S. nous étions rémunérés en échange d'un contrat pour exercer 10 ans dans l'enseignement.
Cette forme d'engagement était très souvent la bienvenue pour des fils et filles de parents aux revenus modestes, voire pour des enfants soutiens de famille, comme l'était Guy. Il était important pour Guy de poursuivre ses études sans avoir à enseigner en tant qu'instituteur, comme il le faisait depuis 3 ans. Pour ma part, j'ai signé mon contrat aux I.P.E.S. en lâchant un poste de Surveillant d'Externat en lycée. C'est dans ce contexte que nous nous sommes liés d'amitié. Ce qui nous réunissait aussi, c'était nos origines modestes, une certaine idée d'aider les autres (nous avions des frères cadets), un partage d'analyses politiques communes. En effet nous étions plongés dans les soubresauts de la 4ème république. La 5ème république pointait son nez avec l'arrivée du Général de Gaulle. Et surtout, le contexte de la guerre d'Algérie nous obligeait à prendre position. Les manifestations de rue et la violence des interventions nous forgeaient des attitudes de plus en plus fermes. Notre analyse théorique des injustices sociales se nourrissait de ces évènements quotidiens et nous permettait d'affiner nos convictions politiques. Ce qui nous rapprochait aussi, Guy et moi, c'était le contenu de l'enseignement que nous recevions. Quel rôle, alors, les mathématiques ont joué dans notre vie ? Une constatation, nous avons vécu, Guy et moi, des éléments traumatisants dans notre enfance. En restait-il des traces à l'adolescence ? Guy nous parle de ce bombardement de Noisy-le-Sec. C'était en 1944, il avait 10 ans. Il évoque une peur terrible et il a craint, à ce moment, de perdre la vie. Pour ma part, à 4 ans, j'ai perdu ma sœur aînée, âgée de 5 ans.
Je vais dire, au moins pour moi, ce que les mathématiques ont représenté. Un domaine privilégié, un domaine que je pouvais contrôler, grâce à une suite d'éléments logiques, sans catastrophes imminentes et brutales. Un domaine où je pouvais reconstruire sans crainte et sans affrontements avec les autres, puisque toute la communauté mathématique était à l'unisson devant les résultats obtenus, devant les théorèmes établis. Je ne sais pas si Guy aurait été d'accord avec mon analyse, mais ce dont je suis sûr c'est que, comme moi, avancer dans la vie sans perdre la maîtrise était important pour lui, du moins dans sa petite enfance [voir son texte ci-contre]. Guy a vécu le bombardement de Noisy-le-Sec en 1944, il l'évoque ainsi :
« Puis je me mis à réfléchir à ce qu'était une perte de conscience. [...]
 Je réalisai que, tous les soirs, pour m'endormir, je devais perdre cette maîtrise. Certains jours, cela m'apparaissait tellement impossible que je ne trouvais pas le sommeil, même si je le voulais. [...]
Á chaque décès d'amis, je me dis, en pensant aux bombes pendant la guerre : encore une qui n'est pas tombée loin. » (Guy Chaty, extrait de l'ouvrage collectif coordonné par Jacques Delga : "Face à la mort", MA Editions).
Pourquoi avoir choisi les mathématiques comme objet d'études ? Avec Guy nous partagions la même idée, à savoir que dans nos familles respectives la culture littéraire était peu implantée. Or, on pouvait très bien réussir en maths sans posséder une culture de base, sans situer dans l'histoire l'origine des différents résultats et le déroulement des idées au cours des siècles. De plus, « être bon en maths » était une attribution très positive dans notre environnement familial. Il a » la bosse des maths », entendait-on. Les mathématiques qui auraient pu mener à la profession d'ingénieur, avec la perspective de pouvoir « construire des ponts », comme je l'ai entendu.
C'était, effectivement, en opposition avec des études littéraires. Nous avions choisi l'utile plutôt que l'agréable, comme le pensait le cercle familial qui se trompait lourdement car le plaisir nous l'avons trouvé en bénéficiant des nouveaux enseignements des « maths modernes », avec l'introduction de la « théorie des ensembles » puis de la topologie. Où au lieu d'étudier les objets, on étudiait les relations qu'avaient les objets entre eux. Ce qui avait des résonances littéraires autour du structuralisme, comme une tentative d'unification des structures de pensée et des méthodes d'analyse sociologique. Donc, le plaisir était là, être dans la modernité dans nos études et pouvoir s'imprégner des nouveaux courants littéraires et de sciences humaines. Eh oui, nous « construisions des ponts » avec Guy, au milieu de cette créativité, autant dire, dans la vie, éloignés en cela des traumatismes de notre enfance et encouragés à découvrir et développer notre personnalité par nos propres expériences. D'autant que le Quartier Latin était extrêmement vivant et nous offrait la possibilité de découvertes cinématographiques et théâtrales.
Pendant plus de 60 ans, Guy et moi, nous ne nous sommes jamais perdus de vue. J'ai été très proche de Guy et de Nicole lors de la naissance de leurs enfants et pendant leur petite enfance, Par la suite, j'ai suivi Guy dans ses manifestations littéraires, poétiques et artistiques, seul ou avec d'autres artistes. La place de Jeanne y fut importante et la qualité de leur relation leur a permis, à chacun, de pouvoir avancer dans leur créativité propre. Étant sans doute le plus ancien ami de Guy, je ne me suis attardé ici que sur nos premières années d'études, je suis certain que d'autres amis de Guy évoqueront d'autres aspects, notamment son humour, qui imprégnait chacune de ses réflexions, chacun de ses mots...

Guy et son collègue brésilien Jayme ont eu collaboré sur des questions de noyaux de graphes dirigés ;
voici ci-dessus le dernier article de recherche de Guy.


Guy et Gérard Plateau, habillé en toge et mortier à la main à l'occasion de la remise du doctorat honoris causa à Nelson Maculan, le 13 décembre 2005.


Témoignage de Michel Chein (collègue et ami de Guy) :

Guy était mon ami. Je parlerai peu de lui, il me manque trop. Ce serait impudique. Notre relation a commencé par une lettre en 1972 et s'est terminée par une discussion téléphonique ce 19 mars 2020. Je vais donc ci-dessous essayer de lui écrire une lettre, comme une des lettres ordinaires de notre correspondance habituelle. Nous donnions des nouvelles, racontions nos dernières lectures, nos dernières visites, nos projets, faisions des commentaires sur le monde comme il ne va pas. En réalité, sans papier, sans enveloppe, sans timbre, et … sans réponse cette lettre n'aura rien d'habituel. Tout est définitivement changé. Au lieu d'un moment de dialogue, ce sera un monologue, triste, infiniment triste, définitif. Nous parlions peu du passé, pas plus dans nos lettres que lorsque nous nous rencontrions à chaque fois qu'il venait à Montpellier ou que je venais à Paris. La dernière fois, le 10 octobre, nous avions déjeuné dans un bistrot auvergnat. Nous commencions nos entrées lorsque Jeanne arriva avec une amie. Étonnements car ce n'était pas prévu ! Ce furent nos derniers rires ensemble…

Salut Guy !
Tu te souviens nous étions, début octobre 2018, à la terrasse de l'Avenue, Avenue de France, attablés devant des demis. Nous venions de fêter Michel Habib pour ses 40 – en réalité un peu plus – (premières) années de recherche en algorithmique des graphes dans l'Amphi Turing. Martin Golumbic, qui avait participé à la cérémonie, s'arrêta pour faire une petite causette avec nous. Tout ceci nous replongea dans les années 70. Nous avions rencontré pour la première fois Golumbic lorsqu'il était passé, comme de nombreux invités de Claude Berge, dans mon bureau à Jussieu. Te souviens-tu de son étonnement devant les affiches et les posters de mon bureau ?
Pour notre rencontre, Claude Berge fut notre entremetteur. J'assistais de temps en temps aux réunions du lundi après-midi de l'équipe de Claude Berge – qui m'avait proposé le 2° sujet de ma thèse d'État, sur les matroïdes – et de Pierre Rosenstiehl, à la Maison des Sciences de l'Homme. Et c'est lors de la réunion de rentrée en octobre 72 que Claude Berge (qui avait également fait partie de ton jury de thèse) m'a parlé de certains de tes résultats, en particulier des graphes fortement connexes c-minimaux. Après deux années au Mans, je venais d'être nommé à Paris 6. Je t'ai écrit, tu m'as répondu et nous nous sommes rencontrés pour la première fois dans mon bureau à Jussieu. Nous sommes allés boire un pot à l'Epsilon, sur la Place Jussieu. Ce café deviendrait, plus tard, le lieu d'après de nos réunions d'équipe. [Vers mi 2017, ce café a changé de nom et s'appelle désormais "Café Jussieu".]
Nous n'avons pas perdu de temps : nous avons publié notre premier article commun en 1973 (et en avons profité pour faire notre première balade ensemble, à Bruxelles) et pendant 8 ans nous avons travaillé et dirigé ensemble l'équipe de recherche « Graphes et Optimisation Combinatoire » du GR22. Tu me demandes « mais pourquoi le GR22 ? ». La situation de l'informatique à Jussieu était assez compliquée à Jussieu (je te la raconterai plus tard, nous avons la vie devant nous pour revoir le passé). Alors je vais au plus simple. Le laboratoire « Structures de l'Information » était dirigé par Claude-François Picard, le deuxième Claude de mon jury de thèse. Ce laboratoire était le Groupe de Recherches numéro 22 du CNRS : les grosses structures s'appelaient "Laboratoire", les petites "Équipe" et les moyennes "Groupe"; elles étaient numérotées par ordre de création. Claude Berge m'avait suggéré de créer une équipe dans ce laboratoire. Les autres chercheurs de Jussieu avaient la volonté de développer l'informatique théorique, ce qui était plus que louable : c'était courageux dans ce temple des mathématiques pures qu'était Jussieu (tu te souviens sûrement de la façon dont m'avait accueilli un de mes collègues mathématiciens dont le bureau était en face du mien… quel fou-rire !). Malheureusement, pour la majorité d'entre eux, à l'époque, l'informatique théorique se réduisait à la théorie des langages et ils avaient tendance à mépriser tout le reste, en particulier l'algorithmique et la théorie des graphes. Tu as oublié tout cela, parce que pour toi, il était naturel de rejoindre le GR22. Tu étais à Paris 13, le LIPN n'existait pas encore, les deux Claude avaient également fait partie de ton jury de thèse ainsi que Jean-Claude Simon, qui dirigeait l'une des 3 équipes du GR 22 et avait, lui aussi, fait partie de ton jury de thèse. Nous n'avons pas regretté ce choix.
Tu te souviens sûrement de nos vendredis… Les passages dans mon bureau, de Claude Picard qui venait nous parler de questionnaires et d'objection de conscience, d'Yves Césari qui nous impressionnait en résolvant souvent en quelques minutes des problèmes qui nous faisaient transpirer depuis des heures, de Jean-Louis Laurière (qui partageait avec Jacques Pitrat le bureau voisin du mien) et de nos discussions animées sur le poker, le jeu de go, les contraintes et l'intelligence artificielle, de Jean Sallantin qui venait nous exposer ses idées sur la mécanique quantique, l'apprentissage et les débuts de la vie, de nos collègues et thésards, dont nombre d'entre eux sont devenus des amis… Nous étions une bande bruyante… et nous avons dû, bien souvent, énerver nos voisins « purs » !
Nos années de Jussieu sont inoubliables. Je ne t'ai rappelé que quelques aspects « professionnels » du début de ces 8 années. Tout ceci n'est rien, tu le sais bien … le plus important est ailleurs. Mais ce fut le début de notre amitié et nous ne nous sommes plus quittés. Bon. Il faut que j'arrête. Il faut vraiment que j'y aille, nous reparlerons de tout ça pendant notre prochaine balade à Paris (et n'oublie pas que tu dois me faire découvrir un petit musée caché du côté de Montparnasse). Bises à Jeanne et à toi.

Témoignage de Gabriel Pétolla (collègue et ami de Guy) :

J'ai connu Guy Chaty au GR 22 du CNRS (l'un des ancêtres du LIP6), dans l'équipe « Graphes et optimisation combinatoire ». J'ai participé à une recherche collective qui a conduit à quelques publications. Nous avions peu de relations personnelles à cette période ; beaucoup plus tard, j'ai eu la surprise de le retrouver par hasard à « L'Espace du Possible » un lieu de vacances actives sur la côte atlantique au-dessus de l'estuaire de la Gironde, qu'il fréquentait régulièrement depuis sa création dans les années 70. C'est dans ce lieu qu'il m'a initié au théâtre, qui est devenu ma passion et ne m'a plus quitté jusqu'à aujourd'hui. J'ai apprécié son allure aristocratique de grand monsieur et son humour toujours un peu décalé, sa grande attention aux autres et sa délicatesse dans sa direction d'acteurs. Nous avons vécus là de grands moments joyeux et insouciants, très loin de l'ambiance universitaire. Plus tard, j'ai eu l'occasion de l'inviter à venir présenter ses textes courts au café littéraire de la place Saint-Sulpice dirigé par mon ami Jean-Lou Guérin.

Témoignage de Michel Habib (collègue de guy) :

J'ai eu la chance de connaître Guy, lors d'un cours de DEA à l'Institut de Programmation, à Paris 6 (1973-1974), puis il a co-dirigé ma thèse de 3ème cycle avec Michel Chein. Je retiens de lui un enseignant très rigoureux dans la formalisation de ses idées (ce qui était rare à l'époque en informatique) mais toujours souriant et modeste. Toujours prêt à s'enflammer à la moindre de nos suggestions et ce faisant il nous a transmis le goût de la recherche.
En tant que thésard le laboratoire propre du CNRS Groupe de Recherche (dit GR 22) dirigé par Claude-François Picard qui s'intéressait à la théorie des questionnaires me paraissait normal. Ce n'est que longtemps après que j'ai réalisé l'originalité de cette structure CNRS. D'abord le nom GR 22, est-ce à cause du sentier de Grande Randonnée qui va de Notre-Dame à l'abbaye du Mont Saint-Michel ? Le GR 22 comprenait une grosse équipe d'Intelligence Artificielle dirigée par Jacques Pitrat, une équipe de reconnaissance des formes dirigée par Jean-Claude Simon ainsi que la petite équipe Graphes et Optimisation Combinatoire dirigée par Guy Chaty et Michel Chein et très proche de l'équipe CNRS de Combinatoire de Claude Berge. Le tout constituant une structure originale dans l'environnement informatique Parisien de l'époque, et cela ne m'étonne pas que Guy ait choisi cette structure afin d'y mener ses recherches lui permettant une proximité avec l'intelligence artificielle et les textes de l'Oulipo via l'équipe de Combinatoire (Claude Berge et Pierre Rosenstiehl).

Guy, en marche(s) !




« Le traitement automatique du langage naturel ? La langue se défend bien : plus c'est simple, plus c'est difficile ! »
Guy Chaty.





Guy Chaty, à la Brasserie Lipp en 2015, lors d'une réunion du Cercle Aliénor, voir le site de Muriel Bergasa pour moult jolies photos de ces réunions !

Témoignage d'Yves Ménager (président de la société des lecteurs de Georges Hyvernaud 2000-2012) :

J'ai rencontré Guy Chaty en 1999 lors de l'organisation d'un colloque qui portait sur l'œuvre de Georges Hyvernaud, son professeur de français à l'École Normale d'Instituteurs d'Auteuil. Guy avait participé activement à ce colloque, comme d'autres de ses anciens condisciples. Il avait présenté une communication intitulée « Georges Hyvernaud : le pédagogue ». Il y exprimait tout ce que devait au professeur Hyvernaud un élève de première d'origine modeste, « timide et complexé ». Il avait extrait de ses archives personnelles les cours dictés, les copies corrigées méthodiquement par cet enseignant « clair et précis, un peu distant, parfois amusé, intimidant ». Guy revint souvent, lors des débats de notre association, sur le travail sans concession de ce maître respecté. Je crois même que nous publiâmes, dans l'un des douze cahiers que nous avons publiés, une dissertation notée et annotée. Guy, qui rencontra plus tard l'écrivain Hyvernaud, reconnut aussi que l'auteur de La Peau et les Os avait « renforcé en (lui) le goût de la lecture et (lui avait) donné celui de l'écriture ». J'ai découvert, plus tard moi-aussi, que le professeur émérite d'informatique à l'Université Paris XIII était aussi poète, oulipien, amateur de théâtre, animateur de revues. Je suis heureux de l'avoir rencontré, d'avoir pu beaucoup parler avec lui d'Hyvernaud, le pédagogue, l'écrivain, l'homme. De bien d'autres sujets aussi. Guy était un homme réservé mais chaleureux, érudit mais modeste, lucide mais bienveillant. La mort me sépare d'un ami.


Georges Hyvernaud (1902-1983) fut le professeur de lettres de Guy à l'École normale d'instituteurs d'Auteuil.

Témoignage de Marcel Bénabou (comparse de l'Oulipo et d'Alamo) :

C'est grâce à mon vieil ami et complice oulipien Paul Braffort que j'ai eu l'occasion de rencontrer Guy pour la première fois. Je ne me souviens plus très bien de la date exacte, mais cela doit remonter à l'année 1998. C'est cette année-là en effet que commence ce que j'ai envie d'appeler « la seconde vie d'Alamo », cette seconde vie que Guy devait si fortement marquer de son empreinte. Lui qui ne faisait pas partie du premier noyau des Alamiens historiques, celui de 1981, et n'avait donc pas participé aux premières étapes de cette longue aventure, allait, en tant que nouveau président, totalement s'y impliquer. Nos relations ont été immédiatement très cordiales, avant de devenir, au fil de nos nombreuses rencontres, franchement amicales.
Je dois avouer que j'ai été d'emblée frappé par le sérieux avec lequel Guy exerçait sa fonction de président, n'omettant jamais de convoquer les AG annuelles (malgré la difficulté qu'il y avait parfois à trouver des dates qui conviennent à tous les membres…), au cours desquelles il présentait des rapports complets, précis et concis. C'est à l'occasion de ces AG que j'ai pris conscience de la multiplicité des tâches que Guy acceptait d'assumer.
Les problèmes qui se posaient au groupe étaient en effet nombreux. Le principal était évidemment l'amélioration constante de LAPAL, ce Langage Algorithmique pour la Production Assistée de Littérature que nous rêvions de mettre au point, et qui était devenu pour nous, au fil des années, une sorte de Graal. Il fallait pour cela trouver des collaborateurs extérieurs fiables. Guy, mettant à profit ses relations dans le monde universitaire, se chargea de les trouver. Il fallait ensuite, quand le ministère de l'éducation nationale mit brutalement fin à ses subventions, trouver d'autres sources de financement. Guy sut les trouver, notamment en négociant des conventions avec diverses institutions qu'il avait su convaincre de l'intérêt pédagogique de nos travaux, mettant les nouvelles technologies au service de la création littéraire. Et c'est ainsi que, seul ou avec d'autres alamiens, il a été amené à participer à l'animation d'ateliers pour divers types de publics. Certains de ces ateliers, comme à Bourges par exemple, étaient menés en parallèle avec ceux de l'Oulipo, et cela nous donnait une occasion supplémentaire de nous retrouver et de rire ensemble. Je ne crois pas exagérer en affirmant que si, après le tournant de 1998, ALAMO a pu se maintenir vivant pendant plus de vingt ans, c'est en bonne partie au dévouement de Guy qu'il le doit.

Témoignage de Camille Bloomfield (jeune collègue de Guy) :

J'ai connu Guy par l'intermédiaire du réseau Oulipo, sur lequel je travaillais, et par extension, par le biais de son groupe cousin en littérature & informatique : l'ALAMO. C'est Paul Braffort, alamien de la première heure et ami cher disparu en 2018, qui me l'avait présenté. Commissaire d'une exposition à la BnF en 2014, et co-animatrice avec Hélène Campaignolle-Catel d'un séminaire à Paris 3 intitulé ALGORITM (Archives Littéraires du Groupe Oulipo: (Re)créations Informatiques, Techniques et Mathématiques, 2015-2016), dont Guy était un fidèle, j'ai eu la chance de travailler avec lui pendant plusieurs années. Il a beaucoup aidé à réaliser la partie ALAMO de l'exposition, donnant son temps sans compter, et répondait gentiment à mes questions lorsque j'ai esquissé un début d'histoire du groupe pour ma thèse de doctorat. Il se réjouissait, je crois, que cette aventure prenne une place plus précise dans l'histoire de la littérature numérique.
J'ai été très admirative de sa modestie, d'une part, et de sa persévérance, d'autre part, consciente qu'animer un groupe de la sorte n'était pas une mince affaire. J'ai aussi beaucoup apprécié la facilité qu'il y avait à travailler avec lui. Guy était sincèrement, profondément, au service du savoir et de la transversalité des arts et des sciences. Il avait mis à contribution à plusieurs reprises ses étudiants pour développer des projets comme LAPAL (Langage Algorithmique pour la Production Assistée de Littérature, créé par Anne Dicky) et j'ai trouvé très inspirante cette façon de faire se rencontrer recherche et enseignement. Récemment, il m'avait écrit pour me donner des nouvelles de l'ALAMO et c'est ainsi qu'était née chez moi l'idée d'encourager un don des archives du groupe à la BnF. Je l'ai donc mis en contact avec Claire Lesage, conservatrice à la Bibliothèque de l'Arsenal. Guy avait fait voter collectivement un accord pour ce don lors de la dernière AG de l'ALAMO, et le processus était en cours. Juste avant son décès, il avait indiqué à Claire Lesage être en train de mettre de l'ordre dans ses archives pour qu'elles soient compréhensibles aux futurs chercheurs qui les consulteraient.
Pour lui rendre hommage, j'ai voulu utiliser le littéraciel LAPAL qui marchait encore il y a peu et y produire un poème : je n'ai obtenu qu'une « erreur interne du serveur ». J'y vois un signe très clair : l'ALAMO, ces dernières années, c'était Guy, et sans Guy, même les littéraciels alamiens n'ont plus envie de continuer l'aventure, car ils sont en deuil… Il faudra poursuivre autrement, tout en gardant en mémoire le sourire alamien à la couleur chatyenne.




Guy fut le président de l'ALAMO jusqu'en 2020.
(Cliquer sur l'image pour avoir l'historique de cette association).

Guy, lors de l'AG de clôture de l'association Alamo (qui a eu lieu à son domicile en janvier 2020).

Témoignage de Aviva Szpirglas (collègue de Guy, présidente de MATh.en.JEANS) :

Guy a été parmi ceux qui m'ont accueillie à l'IUT. Au département informatique, il était celui qui faisait le pont entre informatique et mathématiques C'est grâce à Guy que j'ai découvert les maths discrètes et surtout que j'ai compris leur importance. Pourtant j'ai eu du mal : je revois encore les poly écrits avec son écriture fine sur des sujets complètement inconnus pour moi et auxquels je ne comprenais pas grand chose. Je prenais à peine une toute petite semaine d'avance sur les étudiants à qui il fallait resservir ces notions. Ça le faisait plutôt rire de nous voir souffrir et lui poser des questions qui devaient lui sembler bien bêtes ! Quand il a été chef de département il a voulu nous convertir à la « pédagogie par objectifs » : ça ne me disait pas grand chose et mon congé de maternité m'a permis d'échapper à ce séminaire qu'il a organisé sur cette question dans un château je ne sais où. Sa définition du contrôle continu : le prof dit une phrase ; dès qu'il l'a terminée, il désigne un/une étudiante et lui demande de la répéter... une continuité qui reste très discrète ! Ces dernières années je l'ai rencontré assez souvent dans Paris. Il me parlait de ses poèmes de ses projets... Il nous manquera.

Témoignage de François Gaudel (président de l'association Science Ouverte) :

Jean-François Méla, qui souhaitait développer l'intérêt et les vocations pour les sciences en Seine-Saint-Denis, m'a mis en contact avec Guy Chaty vers le milieu des années 90. Il animait (avec notamment Paul Braffort et Josiane Joncquel-Patris) le projet Alamo, inspiré de l'Oulipo, à la frontière des maths, de l'informatique et de la littérature. Ce projet s'ouvrait à tous grâce à des logiciels en ligne permettant notamment de réaliser des poèmes « à la manière de » de façon aléatoire, de rédiger des récits. Il correspondait très bien à notre idée d'appuyer une exploration (et donc un apprentissage intuitif) des maths sur l'attrait esthétique des formes construites ou rencontrées. Qui plus est, Guy et Josiane Joncquel-Patris souhaitaient utiliser les logiciels réalisés pour développer le goût pour la littérature chez les jeunes de Seine-Saint-Denis.
À partir de là, les collaborations ont été nombreuses, avec notamment une conférence à deux voix (Paul Braffort et lui-même) à la MJC Daniel André de Drancy fin 1998, des ateliers lors des rencontres CNRS jeunes Île-de-France de 2006 pour un public d'élèves de primaire, l'animation d'un atelier de vacances de trois jours pour des lycéens et lycéennes au lycée Louise Michel à Bobigny, et je crois d'autres animations encore. Le temps a passé vite, mais je n'ai jamais eu l'impression de l'avoir perdu de vue, c'était un ami. Il m'avait notamment fait partager de façon poétique certains souvenirs d'enfance à travers son ouvrage « Les espaces perdus d'Antoine ».


Un petit texte de Guy, à l'occasion d'un projet initié par Françoise Geier qui a eu envie, étant née un 4 mai, de réunir des amis poètes en 2004 dans une salle au 1er étage du café "Le père tranquille" aux Halles, pour écrire sur le thème du 4. L'ensemble des prestations a été publié par Martine Magtyar, Éditions Voix Tissées, dans sa revue Portulan n° 5 en juillet 2007.

Témoignage de Wanda Mihuleac (amie peintre et éditrice de Guy) :

Guy était plus doué pour les mots que moi. Je souhaite donc plutôt partager avec vous quelques photographies, en mémoire du sourire de Guy. C'est cette force vitale et notre capacité de résilience qu'il importe de garder en mémoire...

Témoignage de Marc Bergère (illustrateur, ami de Guy) :

J'ai fait connaissance de Guy Chaty, lors de manifestations poétiques comme le Marché de la Poésie ou les Rencontres Arts et Jalons organisées par Colette Klein. C'est lors d'une présentation par Colette de Jacqueline Persini et en particulier de son recueil "Tard, je t'ai reconnue" (dont j'avais fait la calligraphie de la couverture) que j'ai approché Guy : il en a lu quelques extraits, sa lecture m'a estomaqué par sa force et sa clarté.
Étant l'un des illustrateurs des éditions Soc & Foc où il a publié le merveilleux "À cheval sur la lune", je l'ai vu à maintes reprises lors des séances de dédicaces au Salon du Livre Paris ou à celui de Montreuil ; les échanges étaient toujours faciles, joyeux, empreints d'un humour indéfectible.
Je l'ai vu également à l'œuvre lors des diverses performances organisées par Wanda Mihuleac (Transignum) ; bref, une amitié en poésie s'est nouée et je ne me lasse pas de le retrouver via ses vidéos que je conseille souvent à mes ami(e)s.
Ces traces le font vivre mais il y a tout de même un grand vide dans le milieu de la poésie !

Témoignage de Eva-Maria Berg (auteure, amie de Guy) :

Toujours Guy Chaty en tant que poète merveilleux, personne généreuse d'une vraie humanité va rester dans ma mémoire. En tristesse de son décès et aussi en reconnaissance je ne l'oubliérai pas sa fine et belle humour, sa modéstie et son grand esprit ouvert. Comme il s'est engagé souvent en faveur de ses collègues, j'ai eu la joie/chance de le rencontrer lors d'actions poétiques des Editions Transignum Paris. Le grand mégaphone dans ses mains, presque cachant son visage, c'était sa voix sonore, qui faisait vibrer la poésie de plein de poètes à travers la Place Saint-Sulpice ! Danke. Merci.

Témoignage de Dominique Deboffle (graphiste, ami de Guy) :

J'ai rencontré Guy il y a trois ou quatre ans par l'intermédiaire de Wanda, la grande "marieuse" de talents. Peintre et dessinateur, j'avais fait "mon" jeu de tarot. Je n'en étais pas très satisfait. Les images étaient trop petites, peu lisibles. Il te faut des textes ! disait Wanda. Va voir Guy Chaty ! Et avec lui, chaque carte est devenu un poème, un poème fait à deux. Tout a pris sens. J'ai refait mes images, format A4, et il a écrit dessus. Soient 39 cartes, les figures et les atouts plus l'as de pic :

Qu'avez vous vu dans l'as de pic ?
Une feuille de trèfle à trois folioles
recueillant des éclaircies féminines
Une paire de fesses rebondies
empalées sur sur une lampe de chevet
En plein milieu : un oeil ouvert
Retournez-le et c'est un coeur
accroché au plafond du ciel

Grâce à Guy, mon petit jeu était devenu un contre-jeu, plein d'humour et de vérités acides. Des mois de travail en commun, un grand moment.

Témoignage de Pierre Lamassoure (vidéaste, ami de Guy) :

Encore un bel humain qui s'en va. Guy avait une grande culture. Il restait ouvert aux expériences artistiques, celles de la vie, celles qui nous gardent vivants. J'ai une pensée pour lui et son épouse. Si j'étais un brin goujat, je dirai " c'est un manque de savoir vivre", partir sans nous demander notre avis. Mais je ne le suis pas. Guy n'est pas loin. Il nous laisse une quantité de souvenirs et d'ouvrages. Parmi ses amis de Transignum, je dois être celui d'entre nous qui le connait le moins. Je l'ai souvent filmé à l'occasion de performances, j'ai travaillé un après midi avec lui et son épouse pour un film. Nous avons réalisé une bande son qui a été utilisée à la soirée au Marignan. Je me souviens avoir passé un très agréable moment en leur compagnie.



Un petit film de Pierre Lamassoure accompagnant le baroque, burlesque, calambouresque, ubuesque, coquesque ouvrage "Coq Art", sur des textes de Guy Chaty et des illustrations de Wanda Mihuleac.

Témoignage de Jacques Fournier (poète, ami de Guy) :

Guy aura été un compagnon de route, de la revue Décol' à laquelle il contribua dès le n°3, en 1994, en passant par des ateliers et la lecture d'Anatole et son chat dans la programmation de la Maison de la Poésie et les hommages à notre ami commun Jean l'Anselme, avec lequel il partageait un goût prononcé pour l'humour. Il avait reçu le Prix Lire et faire lire - Printemps des Poètes en 2014 pour son recueil "À cheval sur la lune", éd. Soc & Foc. On se croisait sur le Marché de la Poésie. On échangeait deux-trois mots. En souvenir de Guy, voici [ ci-contre] l'un de ses facétieux poèmes, publié dans Décol' n°3, en avril 1994. Il s'agit d'un clin d'œil au célèbre poème de Charles Cros "Le Hareng saur", précurseur (en 1872!) du surréalisme. Charles Cros nous fait d'ailleurs à cette occasion un "clin d'œil par anticipation" puisque son poème était dédié... à Guy! (Guy Cros, son fils).

Le Pêcheur d'Oiseau

Assis sur un nuage
rond
un pêcheur d'oiseau
regardait son hameçon
nu
Il survint un orage
bleu
qui creva le support
et précipita le pêcheur
Or
sur la terre il roulait
blanc
un torrent de truites
qui dévorèrent le pêcheur
cru.

Guy Chaty, poème publié dans décol' n°3, avril 1994, clin d'œil au hareng saur de Charles Cros.

Témoignage de Françoise Geier (poète, photographe, amie de Guy) :

Ce que j'aime chez Guy, outre son sourire magnifique, c'est qu'il avait gardé la jubilation de l'enfance toujours à fleur de peau pour rire et faire rire, alliée à une distance de mathématicien/philosophe face à la vie. Une approche toujours originale et ludique, une distanciation face aux choses les plus graves. Impossible de s'ennuyer avec lui ! Un "taureau" comme moi, lui né le 6 mai et moi le 4. [Voir d'ailleurs le texte de Guy sur "l'année du 4", dont un scan figure sur cette page d'hommages.] Une grande complicité/simplicité. Une tête bien pleine et des bottes de sept lieux pour ce colosse multicasquettes toujours en mouvement pour investir d'autres champs de compétences dans les domaines scientifiques et artistiques. Et puis la grande réussite de son mariage d'amour avec Jeanne, ce qui donne du souffle et de l'énergie. Somme toute, une vie bien pleine qui laisse de bons souvenirs autour de lui, enfants, petits enfants, conjointe, amis poètes, plasticiens, photographes, artistes. Et puis Guy fut aussi "muse" parfois, je lui ai d'ailleurs dédié le poème ci-contre.
J'ai aussi eu envie de scanner la dédicace de Guy dans "Les espaces perdus d'Antoine" (Éditinter 2006), car l'écriture manuscrite me paraît toujours essentielle pour définir la personne : ici elle effleure la page avec vélocité (ce qui m'étonne vu son énorme cursus, mais je ne suis pas graphologue...). Je me suis replongée dans ce livre qui met en évidence le point de départ de cet enfant de l'école de la République et je vais me contenter de quelques citations qui me semblent essentielles pour le comprendre :
  • Le père a transporté des terres de Lorraine aux terres maraîchères de la banlieue parisienne, des lambeaux de la culture paysans (p. 48) (chance d'un contact avec la nature, les animaux, liberté de jeux, de mouvements qui irradient souvent la vie des poètes)
  • Antoine en est arrivé là, à ce succès, parce qu'un homme l'a distingué à 14 ans en classe de 4ème parmi les autres élèves : le professeur de mathématiques. (p. 62) (idem pour son instituteur qui l'a remarqué en primaire et est venu à la maison le faire travailler)
  • Les espaces du mépris ne sont pas encore perdus aujourd'hui pour tous (p. 66).
  • Il est des pluies violentes qui ruissellent sur les âmes et creusent des souvenirs (p. 29).
  • Antoine va devoir entrer au Lycée Chaptal, se plonger dans un monde inconnu, avec des élèves plus vieux que lui. La cantine du lycée était trop chère. Dans le café du bougnat , chaque jour Antoine extrait de son sac d'écolier... sa gamelle qu'il remet à la patronne (même contenu que celle de son père (pp. 63-64).
  • L'expérience est commencée, unique, elle ne peut mener qu'à quelque chose d'unique : "Je ne peux être qu'exceptionnel". (p. 69.) [ Bien dit, comme l'a prouvé la suite de son parcours !]
Il y aurait bien d'autres choses à dire, d'autres approches à partir de ce livre bien évidemment biographique. Je laisse la parole à tant d'autres qui l'ont côtoyé. Et puis, est-ce à dire ou à taire... un jour que nous parlions psychanalyse, il m'a dit à ma grande stupéfaction : j'ai fait 3 (!) psychanalyses. D'ailleurs, sa femme Jeanne n'est-elle pas psychanalyste !?











Témoignage de Gérard Paris (poète, ami de Guy) :

En mémoire de Guy, je souhaite lui dédier cet aphorisme : " Écrire sous la dictée de l’être, du rêve et des morts... "

Témoignage de Laurence Izard (photographe, amie de Guy) :

Guy était un ami de longue date avec sa femme Jeanne. Il avait été le témoin à mon mariage et j'étais le témoin de Jeanne pour leur mariage. Nous nous rencontrions régulièrement tous les trois pour parler des projets à venir. Avec Guy notre dernière collaboration parue, “Le choc du clic” a été d'une grande complicité et un moment inoubliable pour moi. Pendant six mois, je lui ai soumis toutes les semaines mes “prises de note” qu'il choisissait et “légendait”. Guy me proposait souvent d'illustrer ses textes, couverture de livre, de CD, de revue… Ces rencontres étaient très enrichissantes surtout avec la bienveillance dont il faisait preuve Nous avions encore bien des projets en cours...
La couverture de ce livre que Guy a publié quelque mois avant la pandémie de covid peut sembler prémonitoire... Cette photo a en fait été prise par Laurence Izard le 8 avril 2018, et le livre est sorti en 2019. Sur cette statue (Le Monument à Auguste-Comte, due au sculteur Jean-Antoine Injalbert en 1902) de la place de la Sorbonne, la mère et son enfant avaient en fait été masqués par des manifestants anti-pollution !

Témoignage de Simone Balazard (membre fondatrice d'Alamo et directrice du Jardin d'Essai) :

Le prochain numéro de la Nouvelle Revue du Jardin d'Essai (parution en septembre 2020) comprendra un article de Françoise Geier sur Guy. Le dernier numéro comportait un article de Guy lui-même sur son parcours et sa rencontre avec Paul Braffort.

Témoignage de Jean-Paul Giraux (romancier, ami de Guy) :

Guy est un ami de 20 ans. Notre complicité s’est construite autour de la poésie, d’une volonté commune de la défendre et si possible de l’illustrer en toute occasion (pour reprendre une formulation de Joachim du Bellay). Les revues Poésie/première et Poésie sur Seine ont été les principaux instruments de cette vocation, celui de notre rencontre comme de notre complicité qui, au fil des années, s’est alors exprimée de multiples façons : étroite implication dans la mise en forme et la distribution de ces revues amies ; participation aux salons et différents marchés de la poésie qui permettaient d’en assurer la diffusion ; notes de lecture et articles dont la qualité se devait de garantir la fidélité des lecteurs et, pour Poésie/première notamment, implication dans l’économie et à la gestion de la revue. Travailler avec Guy a été un plaisir. Notre complicité en poésie a donné un relief particulier à une amitié construite au fil des années et dont nous avons découvert qu’elle aurait pu intervenir bien plus tôt puisque, sans le savoir, nous étions à l’École Normale de Paris au même moment et que, certes beaucoup plus tard, Guy a habité un pavillon de Maisons-Alfort dont j’aperçois encore le jardin et le toit depuis les fenêtres de mon appartement. Telles sont les hésitations du destin, et je pense à cet aphorisme de Guy baptisé par lui « Histoire brève » :
«  Aller au bout de soi-même...
Oui mais
Où est-ce ? 
»
(Guy Chaty, Des mots pour le rire, Éditions Éditinter, 2000).

Témoignage de Martine Morillon-Carreau (amie de Guy, présidente de Poésie/première) :

Grande – très grande – tristesse : Guy Chaty nous a donc quittés, le 7 avril 2020 ! Atteint par le covid 19 alors même qu’il se trouvait en dialyse trihebdomadaire dans un hôpital parisien, pour une plus ancienne pathologie… En détresse respiratoire, il a dû malheureusement y être placé très vite en « sommeil palliatif »… Et notre cher ami Guy est ainsi parti, sans même que sa femme, Jeanne, ait pu l’accompagner !
Né le 6 mai 1934 à Bobigny, d’abord instituteur, puis professeur de lycée, puis d’université ‒ poète toujours ‒ et nouvelliste, mais en même temps mathématicien, chercheur en informatique, Président de l’ALAMO, proche de l’OULIPO, homme de théâtre et, par-dessus tout, homme de générosité et de l’espoir en l’Homme, il avait été un des premiers collaborateurs de Poésie/première (revue fondée par Robert Dadillon pendant l’hiver 1994-1995). Il participait actuellement, toujours aussi activement et précieusement, en compagnie de Jean-Paul Giraux, Bernard Fournier et moi-même, à sa direction de Rédaction Collective – à laquelle il va vraiment beaucoup manquer !
Guy venait d’ailleurs de m’aider, fin février-début mars, à relire (comme nous le faisions depuis le numéro 61 de mai 2015) le numéro 75 de Poésie/première (numéro à présent malheureusement bloqué chez l’imprimeur par le confinement). Nous avions longuement et fructueusement discuté par téléphone, à deux reprises, des dernières corrections à apporter à cette maquette mais aussi de la composition du futur numéro 76. Ce qui ne nous avait pas empêchés de beaucoup plaisanter et rire – comme à notre habitude... Car Guy Chaty était également un maître du jeu avec les mots (cf. Poésie/première numéro 51 : « Humour et poésie d’aujourd’hui »). Il m’avait dit se sentir tellement mieux depuis ses derniers mois de dialyse !
Un de mes souvenirs personnels les plus forts concernant Guy et, assurément le plus émouvant, est sans doute celui-ci, à la fois lié à la qualité de son écriture et à mon propre vécu familial : je lui avais acheté, lors du Marché de la Poésie de Paris, Place Saint-Sulpice, en 2013, à l’intention de mes petits-fils, son magnifique et charmant recueil "À cheval sur la lune", si joliment illustré par Raphaël Lerays. Mon mari et moi avons alors, justement, très vite commencé à lire chaque soir plusieurs de ces délicieux poèmes à celui de nos petits-fils né en décembre 2009... et le livre de Guy est ainsi devenu pour lui, au fil de ses séjours chez nous, son « livre de chevet » ! Aussi m’étais-je empressée d’envoyer à Guy la photo d’Yves, mon mari, lisant À cheval sur la lune à son petit auditeur ‒ aussi inconditionnel que passionné ! On pourra y reconnaître l’avant-dernier poème du recueil : « Cet air-là », où Guy joue avec une habileté aussi légère que profonde de la polysémie / polyphonie du mot « air » (et c’est bien ce riche et complexe palimpseste sémantique qui nous ouvre les portes mystérieuses de la Poésie) : « Toujours en mouvement », à la fois ce fluide gazeux que nous respirons, mais aussi l’allure, le fait d’avoir telle ou telle apparence, voire un chant, une mélodie ; mais tous avatars capables, au demeurant, de « provoquer des ouragans » et que – élégance et pirouette ultimes – le poète définit ainsi : « cet air-là / c’est du vent ! »… Une variation, méditation peut-être, sur le Beaucoup de bruit pour rien de notre existence, comme du monde où elle se déroule...
Que Jeanne, ainsi que les enfants de Guy, sa famille et tous ses amis, reçoivent ici mes plus sincères condoléances, comme celles des autres rédacteurs de la revue Poésie/première, qui lui rendra plus ample hommage dans le numéro 76 de septembre- octobre...

Guy au café François Coppée à Paris (où il durant durant des années participé aux "Mercredis du poète", puis, par la suite, aux "Mardis littéraires" du Café de la Mairie, place Saint-Sulpice à Paris).








Yves Morillon lisant un livre à un petit-fils attentif : il s'agit d'un recueil de Guy, "À cheval sur la lune" (éditions Soc & Foc, 2012, prix des lecteurs "Lire et Faire Lire" au Printemps des Poètes 2014).

Témoignage de Kathleen et Magdalena Turmaine (amies de Guy) :

Guy, depuis que je suis toute petite, c’est d’abord un couple avec Jeanne. Deux sourires bienveillants toujours ouverts à la discussion à Rigny ou à Paris, à midi ou à minuit. Passionnés par autant de sujets qu’ils ont d’amis. Voyageant par monts et par vaux à travers la France, l’Europe et parfois le monde. Je me souviens toujours du voyage épique de Guy au Chili où entre Santiago et l’observatoire où travaillait l’un de ses fils, il s’était retrouvé à parcourir une route déserte avec pour seule compagnie les étoiles dans le ciel.
Guy c’est aussi de la poésie saupoudrée sur chaque instant de sa vie : dans l’écriture bien entendu ainsi que dans ses rencontres, au café ou dans les festivals et autres divers événements, entouré d’amoureux de la littérature et de la langue française, mais également dans les moments du quotidien. Un bon mot placé dans une conversation « qui se bourre de gâteaux, se goure de bateau » (ou une contrepèterie en l'occurrence), que l'on retrouvait plus tard dans un facétieux poème ou glissé à l’oreille pendant un des nombreux discours (parfois ennuyeux) auxquels nous avons assisté ensemble à l’Université de Paris XIII. C’est son sourire reconnaissable entre mille qui permet de retrouver un visage familier dans une foule d’inconnus pendant les pots (qui suivent ces discours interminables), les marchés de la poésie, les rassemblements au café Procope ou ailleurs.
Et puis Guy, figure intellectuelle par excellence, homme de la Renaissance, c’est un parcours qui sort de l’ordinaire et admirable de la méritocratie - qu’on aimerait d'ailleurs voir plus de nos jours - de quelqu’un qui a enseigné à tous les niveaux ou presque, depuis les enfants de l’école en tant qu’instituteur jusqu’aux adultes étudiants de la fac. Un passionné des mathématiques, mais qui s’est mis à l’informatique à ses débuts. Depuis une semaine, j’envoie à toutes les personnes avec lesquelles je suis en contact des morceaux choisis de ses textes en fonction des personnalités, des intérêts et même de la langue. Et l’on vient justement de me renvoyer une très jolie traduction en anglais d’un petit haïku :

La lune

À cheval sur la lune
j’ai vu le soleil
la nuit
pendant que dans ton lit
tu rêvais des étoiles

The moon

Straddling the moon
I saw the sun
in the night
when you were in bed
dreaming of the stars

Je découvre à mon grand étonnement que la poésie de Guy est tout à faire traduisible : son écriture ce n’est pas simplement l’art et le maniement de la langue - qui rend d’ailleurs, chez bien d’autres, la poésie si difficile à traduire - mais la profondeur et la signification des mots. Je découvre et redécouvre une richesse dans la diversité de son travail qui le rend accessible au plus grand nombre. L’humour, le verbe vif et parfois beaucoup de mélancolie qui me rappelle que la vie de Guy a aussi été marquée par des épreuves, toujours pudiquement transformées en force intérieure. Avec ses écrits notre cher Guy restera à mes côtés et aux côtés de tous ceux qui le liront, perpétuant ainsi sa mémoire.

Guy Chaty et Jeanne, en 2014, au printemps de Durcet (un évènement annuel initié par Jean-Claude Touzeil), voir aussi la page que Jean-Claude a faite en mémoire de Guy.

Témoignage de Philippe Masson (auteur réalisateur) :

Je rencontre Guy en 2012, dans la rue. Je marche dans Paris aux côtés de mon cousin Jacques quand nous croisons Guy et Jeanne, des amis de mon cousin. Nous sommes invités chez eux dans l’après midi pour un sympathique goûter. Je découvre Guy. Il me parle de ses textes, de son désir de les mettre en images, ce qu’il n’a pas eu l’opportunité de concrétiser encore. Hasard, coïncidence, ou synchronicité : non seulement je suis réalisateur, mais à cette période, j'ai une vraie envie de tourner des courts métrages fictionnels dans des styles très différents et c’est exactement ce que Guy me propose !
Nous mettons en scène et en images 23 de ces poèmes sous le titre « La vie en raccourcis » où il tient bien sûr le rôle principal, avec en bonus quelques « Contes pétris » de son crû, et « L’âme des pierres », une visite poétique et commentée des plus belles statues de Paris. Durant ces quelques semaines de tournage, je découvre Guy : facétieux, espiègle, créatif, endurant (pour un des films, il monte durant 3 heures d’affilée les marches menant au Sacré-Cœur et c’est moi avec 20 ans de moins qui n’arrive pas à le suivre avec ma caméra !), étonnant, détonnant, curieux de tout, à l’écouté, c’est une vraie belle rencontre.
J’ai vu Guy Chaty faire « son cinéma » dans le sens le plus noble du terme : celui du 7ème art. J’ai été fier qu’il soit heureux du résultat ! C’est quelques mois plus tard, au téléphone, qu’il m’a glissé dans l’oreille, qu’au-delà d’avoir réalisé ce DVD, il était heureux que ce soit aussi quelque chose qui allait rester de lui pour les siens, parce qu’au-delà de ses écrits, il laissait son image, sa voix, et serait ainsi toujours vivant...

Connaissez-vous Guy en rappeur ?
(Extrait du DVD "Guy Chaty fait son cinéma" réalisé par Philippe Masson)
« ... Où sont les jours de rêves ? ... »


Quelques liens pour aller plus loin :


Guy Chaty (1934-2020)
Excusez-moi d'être vieux

Je suis vieux. Ce n'est pas ma faute. Si cela n'avait dépendu que de moi, je serais resté jeune. Mais on ne m'a pas demandé mon avis. Petit à petit, je me suis délabré. J'ai toujours l'impression d'être jeune, mais d'après les réactions des autres et les réflexions de mon miroir, il semble que ce ne soit plus la vérité.
Le feuillage a jauni sur moi peu à peu sans que je m'en aperçoive. Pendant que je changeais à peine de l'intérieur la façade exposée aux autres s'est décrépie et aucunravalement ne pourra l'améliorer. C'est une vilaine chose qui m'arrive là.
Qui m'a fait cela ? Qui a posé sur moi sans que je m'en aperçoive les signes extérieurs de décrépitude ? Vraiment ce n'est pas ma faute. Excusez-moi d'être aussi vieux.
Vous pouvez rigoler, ça vous arrivera aussi. Mais Dieu soit loué, vous n'y croyez pas encore. Moi non plus je n'y croyais pas. Je pensais que les vieux avaient toujours été vieux, qu'ils formaient comme une race. J'en croisais dans certains villages à des années d'intervalles et je croyais qu'il s'agissait des mêmes. Mais non. Ce n'étaient pas les mê- mes. Il y a comme un renouvellement de vieux, un apport de sang neuf, il y a des vieux qui viennent de devenir vieux. Il y a de jeunes vieux. Les vieux vieux sont morts, eux. Ils en avaient assez d'être vieux, les autres aussi d'ailleurs de les voir de plus en plus vieux.
Moi ça va encore, je suis un jeune vieux pas envieux. Je commence seulement mon temps de vieux. Oh, je ne me fais pas d'illusions, ce ne sera pas un nouvelle jeunesse mais je vais vivre encore un bon moment j'espère, et mieux : de bons moments. Je suis là devant vous; devant vous vous avez une nouvelle vieillesse. Et moi, devant moi, qu'est-ce que j'ai ? Et moi, devant moi ?
Guy Chaty, extrait de "Des Mots pour le Rire" (Éditions Éditinter, 2000).